La génération Z et les entreprises

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Auteur

Patrick Probonas

Date de publication

11/02/2021

Il est d’usage, depuis quelques années, de se répandre sur les profils des dernières générations, les X, les Y et surtout les Z, nés entre 1997 et 2010. La génération Z bénéficie d’analyses fouillées, de statistiques nombreuses sur ses habitudes, ses attentes, son usage des technologies numériques. La question récurrente consiste à deviner le rapport qui s’établira entre la génération Z et les entreprises.

Ces jeunes fascinent car ils agissent en rupture avec le passé. Le modèle de société créé par leurs aînés ne les enchante pas. Ils veulent croire en leur propre vision de l’avenir. Ils sont pleins d’ardeur pour freiner la dégradation de la planète qu’ils reçoivent en héritage. Ils marquent une rupture avec leurs parents, complices involontaires d’une gabegie consumériste jamais vue à cette échelle dans l’histoire.

Une génération Z avide de sens

Ils sont aussi avides de sens pour leurs orientations professionnelles. Allergiques à toute hiérarchie verticale, ils sont nombreux à contredire, par leurs actes, le désengagement de la jeunesse pour les grandes causes. Car ils militent, défilent, affichent leurs certitudes et leur volonté de changer de modèle. Ils font de la politique à leur manière, évidemment connectés, réactifs et familiers des réseaux sociaux. Ils se voient détenteurs natifs d’une source d’information universelle et inépuisable par le biais de leur smartphone. En conséquence, ils jettent un regard autorisé sur la réalité de ce monde car ils comptent bien le façonner en fonction de leurs critères.

La génération Z provoque des craintes chez certains observateurs

Les observateurs, sociologues, analystes, spécialisés dans l’étude des évolutions générationnelles, alertent le monde professionnel sur les difficultés qui ne manqueront pas de surgir lors de l’arrivée de ces jeunes-là au sein des entreprises. Outre leur tendance au zapping rapide, à une concentration de l’attention drastiquement réduite, ils se montrent réfractaires aux figures imposées par la discipline d’équipe.

Leurs valeurs s’accordent mal avec des objectifs arbitraires. Leur besoin de transparence est immense et leur aspiration à l’autonomie s’arrange mal avec un management un tant soit peu directif. Cette inquiétude est-elle légitime ? Rien n’est moins sûr.

Une crainte infondée

Le risque de déstabilisation pointé par ces spécialistes n’existe que pour les mentalités figées, atteintes de pertes de mémoire sur notre propre histoire. On peut avancer que l’arrivée prochaine de cette génération dans les entreprises du monde entier, mettra en œuvre les mêmes principes de changement constatés dans le passé et ce, dans les mêmes circonstances. Ce mouvement participera au rythme d’évolution naturel de nos organisations collectives, imbriquées au sein de leurs sociétés d’origine.

Un peu d’histoire de 1968 à 2000

 Rappelons-nous : la génération des 18/25 ans en 1968,   secoua violemment l’ordre établi de l’après Seconde Guerre mondiale. Puis, lorsque s’épuisèrent les répliques de ce tremblement social au sein de multiples « Grenelle », ces « baby-boomers » ont investi les postes politiques, professionnels et opérationnels à tous les niveaux de la société. Malgré la confrontation de départ qui promettait un autre ordre social, elle est devenue la classe d’âge détentrice des positions dominantes pendant 50 ans. Elle a ouvert des voies nouvelles pour les technologies, les équilibres économiques, les relations sociales, les rapports de force politiques etc… Elle a donc façonné un modèle de société occidentale présenté et défendu comme le seul valide, le sien, fortement inspiré du précédent.

Enfin, bien installée dans son fauteuil, comme le furent momentanément ses prédécesseurs, elle est devenue conservatrice et fortement déstabilisée par l’arrivée de la génération suivante, les X.

La génération X

Cette génération X, née avec des crises économiques et sociales à répétition, (crises pétrolières, début de mondialisation économique, précarité de l’emploi…) a développé une formidable capacité d’adaptation aux changements de tous ordres. Malgré les difficultés nouvelles auxquelles elle doit faire face, elle tente d’équilibrer les vies professionnelles et privées et marque de son empreinte le fonctionnement des entreprises d’aujourd’hui.

La génération Y

Puis survient la génération Y « les millennials » apparus avec Internet. Familiers des moyens digitaux, ses représentants investissent les postes de pouvoir comme une tache d’huile se répand sur un buvard. Eux que l’on disait désengagés ou désenchantés, occupent avec bonheur la place laissée par leurs pères. Ils sont plus mobiles, plus adaptables, capables d’exercer plusieurs métiers différents au cours d’une carrière. Difficiles à fidéliser, Ils profitent des opportunités de formation continue et se donnent le choix de la qualité de vie.

Puis la génération Z et au-delà

Cette génération-là verra débouler, avec stupeur, la génération d’après, les Z, forte, elle aussi, de ses caractéristiques en rupture, connectée en permanence. Puis cette dernière, malgré ses particularités très originales évoquées plus haut, se grattera la tête, bousculée par une génération ALPHA aux comportements forcément incongrus, incompréhensibles, et ainsi de suite dans une succession bien connue.

Le renouvellement générationnel est une mécanique bien connue

Pour généraliser cette mécanique de renouvellement générationnel et la replacer en perspective dans notre histoire, voyageons dans le temps.

Il y a 40 000 ans, un individu adulte, peut-être un chasseur-cueilleur, craint les phénomènes qu’il ne comprend pas. Parmi eux, le feu tient la première place de ses frayeurs. Il ne sait pas le maîtriser. Puis, un événement fortuit survient : Un tison qui traîne, une rencontre amicale avec un groupe plus avancé. Il apprend à domestiquer cet objet de ses anciennes peurs. Il s’extasie des possibilités nouvelles que ce chaud flamboiement permet. Mais pour lui, les flammes seront toujours le fruit d’un miracle.

Ses enfants ou petits-enfants, familiers de cette connaissance, grandiront avec elle. Cuire les aliments ou se chauffer autour d’un foyer au fond d’une grotte ou sous une hutte accueillante, ira de soi.

Eux, les plus jeunes, inventeront autre chose, disons, la roue, ce qui n’est pas si mal, en attendant les prouesses de la génération d’après…

 

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