L’alignement est une force

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Auteur

Patrick Probonas

Date de publication

10/09/2020

L’aviron, un exemple d’alignement des organisations 

 

Une entreprise est composée d’équipes pratiquant des disciplines différentes dédiées au même but collectif. Comment se vit et se pratique l’alignement au quotidien au sein d’un groupe ? Là encore, il faut faire intervenir la volonté individuelle de chacun pour rejoindre un fonctionnement coordonné entre plusieurs.

Le sport nous offre de nombreux exemples de travail où l’addition des talents individuels produit la réussite de tous, sans exception. Tous les sports collectifs sont pertinents pour expliciter cet effort collectif dans un but commun.  Cependant, pour insister sur l’idée d’alignement, prenons l’exemple d’un équipage en compétition d’aviron, le « huit de pointe »

 

Le cadre et les enjeux

 

Nous avons huit rameurs alignés sur un esquif taillé en flèche, fin et léger, particulièrement instable et contraint par le vent, les courants, les obstacles éventuels. Huit sportifs, spécifiquement entraînés, manient chacun une rame alternativement à leur position. Le dispositif est complété par un barreur assis à l’extrémité d’un bateau de 18 mètres de long et seulement 55 cm de large.

Ils sont engagés dans une course dont l’enjeu est la concrétisation de mois d’entraînement intensifs, de réglages compliqués, d’application de techniques précises en vue de réaliser le geste parfait, dans le bon timing. Ils s’efforcent de produire l’effort optimal pour parvenir à franchir la ligne d’arrivée dans le respect des objectifs de performance, contre eux-mêmes et les compétiteurs.

 

Les profils

 

Parmi l’équipage, chacun des rameurs est parvenu à son poste en suivant une voie personnelle. Certains pratiquaient peut-être une discipline différente avant d’être séduit par l’aviron, d’autres, passionnés depuis longtemps, s’en sont fait une spécialité. Ils sont tous différents. Ils se font sans doute une image aussi unique de leur avenir respectif qu’ils le sont eux-mêmes. Mais là, ils sont tous sur le même bateau, tendus vers un seul but, passer la ligne d’arrivée en tête. C’est là l’enjeu commun, ce qui les rassemble.

 

Des compétences, mais pas seulement

 

Au-delà de la technique de rame, évidemment maîtrisée, comme peut l’être une compétence professionnelle, des dimensions complémentaires et invisibles sont en action :

Chaque rameur ressent l’autre, sa façon de respirer, de pousser sa rame. Il est imprégné du rythme collectif et de ses composantes. Il s’instaure, dans l’action, une coordination interindividuelle capable de produire une énergie collective supérieure à l’addition des expertises de ses membres. Les rameurs ont cette capacité remarquable d’ajuster en permanence leurs gestes respectifs pour agir ensemble. Le temps d’une course, cet ensemble peut se dérégler à tout moment. L’équipage corrige sans cesse. Il actualise la synchronisation de l’effort collectif pour maintenir son efficacité en haut de la courbe de performance.

 

Le rôle du management

 

Contrairement à l’image extérieure renvoyée par les compétitions d’aviron où chaque rameur semble concentré et silencieux, un équipage se parle sur le bateau. Beaucoup. Le barreur veille, au plus près, à l’application de la stratégie de course. Il s’attache à maintenir la bonne cadence et le crie pendant la course. C’est là son rôle principal. Il est le relais avec l’entraîneur, resté à terre, et le lien avec les décisions à exécuter. Il donne ses instructions tout au long de l’épreuve. Tel un manager, il est le tacticien attentif à garder une trajectoire optimale en fonction des éléments d’environnement, de ses informations sur les capacités de chacun des membres de l’équipage et des réactions des compétiteurs.

 

L’alignement en action

 

Cet alignement vertical permet de verrouiller la chaîne de commandement et d’exécuter au plus près la stratégie établie en amont. Les rameurs lui font une confiance absolue. Ils se parlent aussi. Ils échangent pour s’ajuster dans le mouvement, pour rattraper un léger retard à la poussée, pour se caler sur l’autre, lorsque le bateau s’enfonce un peu trop ou glisse moins aisément. On appelle cela ramer ensemble au service du bateau, exactement comme des salariés le font au service de la réussite collective de leur entreprise, alignés et ensemble. Les mêmes réflexes se manifestent si chacun de ses membres sont liés par les liens tissés selon des critères de cohérence et de solidarité appliqués, noués par des objectifs communs.

Cette exécution fluide souligne l’alignement horizontal, garant d’une exécution optimale, consciente et efficace des missions.

L’aviron, est un exemple parmi beaucoup d’autres dans l’univers des sports collectifs où les résultats sont directement liés au bon alignement vertical et horizontal de chacun des acteurs entre eux. Lorsque cet alignement se dérègle et s’il n’est pas corrigé, on assiste régulièrement à des remises en causes dramatiques, dans l’organisation, de ceux tenus pour responsables de tel ou tel échec. Là surviennent les décisions de facilité dites « d’affichage » où l’on punit, sanctionne, écarte, plutôt que de reconnaître les erreurs de parcours, les décisions trop rapides, le pilotage superficiel d’un système fragile car basé sur l’humain.

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